Publié le vendredi 12 octobre 2012 - 16h04
« Les grands noms d’Alsace ont choisi E. Leclerc », annonce fièrement la couverture du catalogue que le distributeur publie pour sa foire aux vins d’automne 2012. Sauf qu’au moins deux des maisons dont les vins sont présentés en pages intérieures n’ont jamais souhaité y être.
Étienne Hugel, directeur général de la maison Hugel à Riquewihr (Haut-Rhin).
Le catalogue de la foire aux vins d’automne de l’enseigne E. Leclerc reste en travers de la gorge d’Étienne Hugel, directeur général de la maison Hugel, à Riquewihr, dans le Haut-Rhin. « Notre politique commerciale est de ne pas vendre en grande distribution. Or, notre riesling 2010 est chez Leclerc alors que nous n’avons jamais vendu en direct la moindre de ces bouteilles à cette enseigne », explique-t-il à « La Vigne » après avoir publié un billet d'humeur sur son blog le 8 octobre 2012.
Enquête faite, ces bouteilles sont passées par des sociétés basées à Toulouse et à Bordeaux avant de se retrouver dans cette foire aux vins. « Nous sommes soucieux de notre image et nous ne voulons pas figurer dans ce circuit de vente. Leclerc se sert de notre marque pour drainer des clients à fort pouvoir d’achat », déplore Étienne Hugel.
Contacté sur le sujet, le service de presse du distributeur n’a pas livré de commentaire.
« Les détournements sont de plus en plus fréquents. Si le prix de vente aux consommateurs est raisonnable, ça va. Mais le risque est que si la grande surface n’arrive pas à écouler à ce prix, elle brade les bouteilles », signale Pierre Heydt, de la maison Trimbach, à Ribeauvillé (Haut-Rhin).
Cette dernière se retrouve dans la même situation que Hugel. Ses vins ont été cédés à E. Leclerc par CVPF, un grossiste basé à Monswiller, dans le Bas-Rhin. Laurent Lanz, responsable des achats de cette entreprise, estime que l’image de ces maisons est respectée dans la mesure où « les prix de vente en rayon sont proches de ceux pratiqués au domaine ».
Faute de pouvoir contrôler tous les méandres commerciaux, d’autres grandes maisons jouent le jeu de la grande distribution. « Je préfère leur vendre et savoir quel vin sera en linéaire. Un acheteur m’a un jour confié qu’il avait les moyens d’avoir ce qu’il veut quand il veut », rapporte sous couvert d’anonymat ce dirigeant d’une autre entreprise.
Un de ses collègues raconte qu’il y a quelques années, des bouteilles prestigieuses, en principe interdites de grande distribution, ont fini dans les linéaires d’une grande enseigne après avoir été achetées à des restaurateurs.
C. R.
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